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Un polar du côté de Lévi-Strauss, Hergé et Conrad

Un polar du côté de Lévi-Strauss, Hergé et Conrad
Bruno de Cessole- Valeurs Actuelles
En s’inspirant d’une histoire vraie, la contamination radioactive d’une tribu indienne par des scientifiques américains, Boris Dokmak invente un nouveau genre, le thriller ethnographique.
Lecteurs de la vogue des polars venus du frois – avec leurs flics dépressifs buveurs de bière et mangeurs de harengs, abandonnés par leur femme et brimés par une hérarchie tatillone, leur tempo poussif et leur morale à la sauce politiquement correcte – fait baîller dennui, voilà un roman qui vous changera d’atmosphère ! Loin des brumes et des fantômes d’Elseneur, Boris Dokmak vous entraîne au fin fond de l’Amazonie, dans une jungle qui n’a rien d’urbaine, en compagnie d’un policier hors norme, sur la piste de criminels que l’on rencontre rarement dans la littérature policière. 
Tout commence, à l’époque actuelle, par un vieil Indien moribond, ravagé par un mal inconnu, surgi près de la base de Kourou en Guyane, porter d’un carnet noir qu’il tient à transmettre avant de disparaître. Premier mystère : l’Indien appartient à une tribu, les Arumgaranis, présumée éteinte au début des années 1970 et qui n’aurait jamais été en contact avec la civilisation. Second mystère : son corps est radioactif dans une proportion à affoler les compteurs Geiger. 
Retour en arrière : à la fin des années 1960, un ethnologue française, le professeur Loiseau, accusé d’avoir assassiné un confrère américain dans uen partie reculée de la Guyane, est activement recherché. À la fois par une équipe américaine, un espion japonais et un flic parisien muté à Cayenne pour avoir fortement irrité le ministère de l’Intérieur en arrêtant et malmenant un pédophile haut placé. 

 

Le lieutenant de Saint-Mars, alias SM ou La Marquise est un flic atypique : ancien para, passé par l’OAS et les commandos Delta, et morphinomane. Avec ça, modérément respectueux de la hiérarchie et des règlements. Sa mission : retrouver et arrêter le professeur Loiseau avant que les Américains ne mettent la main sur lui. 
Évaporé dans la forêt amazonienne, l’ethnologue s’est fait adopter par les Indiens arumgaranis, dernière tribu irréductible, auréolée d’une réputation effrayante de sauvagerie et de cannibalisme. Pour le dénicher dans une zone non cartographiée, Saint-Mars, accompagné d’un ancien légionnaire et d’un chien à demi sauvage, va devoir affronter les traitrises de la jungle, des trafiquants de toutes sortes, les pirates du fleuve et les barbouzes américains qui veulent à tout prix effacer les traces d’une expérimentation criminelle menée par leurs savants sur les Arumgaranis. 
À partir d’une histoire vraie, le projet Sunshine, conduit au Venezuela sur les Yanomanis, irradiés par injection, l’auteur a construit un polar remarquable et très original qui défie les conventions du gene et joue avec le temps comme avec les références. 
Agrégé de philosophie, Boris Dokmak a manifestement lu Lévi-Strauss mais aussi Conrad et Hergé. Difficile de ne pas penser, en lisant cette terrifiante descente aux enfers au chef-d’oeuvre de l’écrivain, Au coeur des ténèbres, dont le sombre héros, Kurtz, n’est pas sans parenté avec le professeur Loiseau des Amazoniques. Saluons, enfin le talent de plume de l’auteur qui restitue avec maestria l’atmosphère oppressante de “tristes tropiques” où il n’a jamais mis les pieds...

Bruno de Cessole - Valeurs Actuelles