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"D’une intensité rare, Les Amazoniques vous embarque pour la plus palpitante des aventures."

Ce choix s’inscrit dans une volonté de changer un peu de genre littéraire, mon éclectisme en matière de littérature n’étant jusqu’alors pas vraiment représenté. Et puis il y a cette couverture, inquiétante et troublante, ce petit ajout qui fait vendre “inspiré d’une histoire vraie”, l’envie également de découvrir un éditeur… mais, assez justifié, passons au contenu !

Sur le document officiel, l’enquête s’annonce compliquée …débarquer à Cayenne pour partir à la recherche d’un ethnologue français accusé d’avoir tué un collègue américain dans la jungle amazonienne, la mission est pour le moins atypique. Le policier Saint-Mars n’a pas vraiment eu le choix, son anticonformisme et ses problèmes avec la hiérarchie l’ont conduit dans ce trou infesté d’insectes et d’européens à la dérive, à l’autre bout du monde. Nous sommes en 1967 …
Le choc est total : quand la touffeur plombe les organismes et que la nature se dresse menaçante et charnelle, l’acclimatation devient un combat permanent. Les habitants de Santa Margarita vivent hors du temps, dans une forme d’inertie nonchalante, accablés par la chaleur et l’humidité ambiantes. Les stigmates d’une ancienne voie ferrée rappellent la démesure passée et les promesses de richesse non tenues.
Mais Saint-Mars n’est pas un perdreau de l’année. Fort de ses expériences dans l’armée et les services secrets français, il n’a pas pour habitude de jouer perdant. Accro à la morphine, il oscille entre torpeur et intense réflexion, sans jamais perdre de vue sa feuille de route. Alors, il prend des contacts et tente de monter son expédition envers et contre tous, et notamment contre le Rangero Villejos, le “sheriff” du coin qui n’a pas l’intention de lui faciliter la tâche. Dans ce monde en perdition, la confiance ne se donne pas…seuls comptent l’objectif et les moyens d’y parvenir.
Sa détermination et son incroyable résistance le mènent au coeur d’une forêt hostile et indomptée. Ses rencontres plus ou moins amicales avec les indiens autochtones ainsi que sa sagacité  lui en apprennent un peu plus sur les véritables enjeux de ses investigations, portés par des intérêts politico économiques et  des visées scientifiques. Et l’enquêteur prend la mesure du scandale sur le point de sourdre…
Terrifiant et captivant ! D’une intensité rare, ce roman qui dépasse le thriller vous embarque  pour la plus palpitante des aventures. Vous êtes enchaînés à Saint Mars et pénétrez la forêt amazonienne et les plus insondables tourments de l’âme humaine. La sueur perle, tant par la chaleur que par la tension qui ne vous quittent pas. Tous les personnages semblent happés par cet environnement qui instille peur et fascination au plus profond des corps et des esprits. Le talent de Boris Dokmak est autant dans l’écriture qui claque ou “infuse”  que dans  l’intrigue qui resserre inexorablement ses griffes ou plutôt ses lianes. Saint-Mars vous accompagne encore longtemps après avoir refermé le bouquin. J’ai rarement lu un livre aussi vivant voire organique baigné de cette nature ensorceleuse .  Phénoménal  !

Source : http://www.booksinmind.com/les-amazoniques-de-boris-dokmak/

Morceaux choisis:

Page 93 : “Le lendemain matin, S.M. est en eau. Le ventilateur n’est jamais reparti, et toute la nuit, des bestioles ont gratté dans les murs et grignoté le bois du plafond. Ici, les nuits sont pires que les jours : la chaleur étouffante, épaisse, lourde, humide, et des moustiques gros comme le pouce qui transpercent les toiles et les draps.”

Page 94 : “Cette ville a l’air grosse de vices et de coups tordus, elle pue la trouille, une trouille qu’il pourrait presque toucher. Il gonfle ses poumons, et il la respire, elle lui colle au palais, lui bouffe le nez et les poumons, déchire l’oesophage et vient former une boule dans l’estomac. Elle s’ajoute à ses douleurs.”

Page 202 :”Puis ils sont parvenus à un jeu complexe de rivières noires qui s’enfonçaient dans les profondeurs de la forêt. S.M. n’avait pas pu cacher son inquiétude en voyant tous ces méandres rhizomiques et leur figuration sur la carte. Les rivières s’y étoilaient et se constellaient, se décomposaient et se recomposaient, s’associaient puis se dissociaient, s’enfilaient ici, se défilaient là, pareilles à un labyrinthe fou.”

Page 223: “Tout, autour d’eux, est uniforme : la rivière molle, les arbres équivalents. Le mouvement, sans repère, n’est pas vu; il n’est pas perçu. Parfois, pour mesurer la faible avancée du navire, il fixe un point sur la rive : une branche cassée, ou une roche à fleur d’eau; ou une plage rouge. Et il entreprend de ne pas le quitter des yeux, même pas de baisser les paupières, jusqu’à ce qu’il arrive à lui. Il se concentre, et pourtant, à chaque fois, à force d’attendre, son attention l’abandonne, et son repère s’évanouit. Ici, tout est identique. Les arbres aux autres arbres, les rives aux autres rives, et les veilles aux lendemains.”