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Jack Henry Abbott BIOGRAPHIE | BIBLIOGRAPHIE

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Fils d’un clochard alcoolique irlandais et d’une prostituée chinoise, Jack Henry Abbott a été abandonné à quatre ans, puis livré à un centre d’adoption de Salt Lake City. Jusqu’à douze ans, il est baladé de centre en centre. Avec tout ce que cela comporte : les instituteurs qui ne savent pas quoi faire avec ces mômes violents, laissés à eux-mêmes. Les coups déjà. De douze à dix-huit ans, Jack connaît plusieurs centres de redressement, dont il essaie régulièrment de s’échapper. Il est à chaque fois repris. Battu. Il connaît ses premières semaines de cachot. Les coups encore. Les tentatives de viol de la part de ses aînés. « J’ai été élevé dans une véritable école de gladiateurs. » écrit-il au début de Dans le ventre de la bête.

À dix-huit ans, Abbott sort du centre de délinquants de Salt Lake City. Il vole un carnet de chèques, s’en sert pour se payer le voyage au Texas. Jack Abbott retourne à Salt Lake City, la seule ville qu’il connaisse. La police l’attend. Abbott est condamné à cinq ans de prison pour avoir tiré 2 000 dollars de chèques volés. Il aura connu deux mois de liberté. Jack Abbott découvre alors la prison, les brimades, les coups et le vice ces matons : la loi impitoyable des prisons américaines – régulièrement dénoncées par les organisations des droits de l’homme.

A vingt-cinq ans, Abbott tue un autre détenu qui l’avait dénoncé dans une histoire de contrebande. Il le poignarde pendant la promenade, Jack Abbott est enfermé vingt-trois jours dans une cellule de privation sensorielle. Il y devient à moitié fou. Il est condamné à vingt nouvelles années de réclusion après le meurtre du détenu. Pendant son procès, il balance un verre d’eau à la tête du juge. A peine sorti du box, il se bagarre avec ses gardiens. En cellule, il leur jette son seau d’urine. Il est devenu enragé. Il est à nouveau enfermé plusieurs semaines dans une cellule d’isolation. Les années passent, Jack Abbott continue à se durcir. Il n’accepte pas la routine humiliante de la prison, comme font la plupart des autres détenus après plusieurs années de captivité. Il ne se plie pas aux règles communes. Les autres prisonniers le craignent.

Jack Abbott s’évade en décembre 1971 de la prison de Draper dans l’Utah. Rares sont ceux qui y ont réussi. Il file à New York cette fois, et planque dans le Queens, le quartier des chômeurs et des gangs. C’est sa première cavale. Il a vingt-sept ans et il ne connaît rien du monde extérieur. Repris, il et à nouveau condamné : dix-neuf ans de prison. Après le meurtre et son évasion, il ne sait même plus s’il sortira un jour vivant. Il s’ouvre les veines dans sa cellule. Emmené à l’infirmerie, il attaque le docteur, venu lui mettre des points de suture. Par la suite, il connaîtra a peu près tous les établissements américains, sera transféré de prison en prison, pour finir à Marion, le pénitencier réputé le plus dur de tous les États-Unis, où n’y sont enfermés que les irrécupérables et les plus féroces des détenus. La Prison de Marion sera en 1981 le théâtre de la plus longue grève de la faim de prisonniers que l’Amérque ait connue ; Abbott en sera un membre actif.

Le 18 avril 1980, un incident a lieu : les détenus jettent leurs plateaux de nourriture. Quelques heures plus tard, une douzaine de gardiens masqués, vêtus de combinaisons anti-émeutes et armés de gourdins de bois, pénètrent dans les cellules de la « Control Section ». Ils emmènent un par un les prisonniers, menottes aux poings, dans une chambre de détention isolée et les rouent de coups, les laissant pour mort. Jack Abbott est le dernier à être tabassé. Deux jours plus tard, il réussit à faire parvenir une lettre à sa sœur Frances. « S’ils disent que je me suis tué, ne les crois pas. C’est eux qui m’auront assassiné. » « Le tabassage, déclare Frances à l’avocat d’Abbott, a soudé en Jack la dernière pièce d’acier. Pour la première fois de sa vie, il a eu peur de mourir là, dans un petit trou du cimetière de Marion. » Dans les semaines qui suivent cette trempe, Jack Abbott écrit plusieurs lettres à Norman Mailer pour lui demander de l’aide. Mailer est alors immergé dans l’écriture du Chant du Bourreau sur le tueur Gary Gilmore. Ce dernier ayant refusé de recevoir l’écrivain, Abbott lui envoie une, puis plusieurs lettres renfermant tous les éléments vécus in situ, de la vie carcérale. Impressionné, Norman Mailer publie bientôt le recueil des textes d’Abbott sous le titre Dans le ventre de la bête et en rédige la préface. Du jour au lendemain, Jack Abbott l’homme d’acier sort de l’ombre.

Toute la critique emboîte le pas de Mailer dès la parution du livre : la très sérieuse revue littéraire du New York Times, le Time, le magazine Village Voice. Dans le ventre de la bête devient aussitôt un best-seller, vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Jack Abbott, prisonnier anonyme, enfermé à Marion, le pénitencier le plus dur des Etats-Unis, se retrouve du jour au lendemain un auteur célèbre et riche.

« Il faut lire son livre - dur comme un uppercut, - pour comprendre un tel succès. Jack Abbott a passé vingt-cinq années enfermé derrière les barreaux. Il a été enfermé dans un centre de détention pour délinquants à douze ans. Il a connu le pire de la prison - les cachots, les trempes, la privation sensorielle. Il a décortiqué et ramassé toutes ces années en cent-soixante pages d’enfer, parfois intolérables de haine et de rage. La description est si implacable, qu’on se demande comment Abbott a pu tenir - survivre. Page après page, on comprend. Jack Abbott est devenu un loup parmi les loups, un homme trempé par les coups, plus dur que les matraques qui le frappent. Un homme élevé dans la haine et l’humiliation. Un homme fascinant – effrayant »

Quelques semaines après la parution du livre en juin 1981, Abbott obtient la liberté conditionnelle, contre l’avis de certains psychiatres le qualifiant « d’extrêmement dangereux et irrécupérable », avec une remise de peine, après audience, où le gratin progressiste du cinéma et des lettres viennent le soutenir, de Susan Sarandon à Jerzy Kosinski, Mailer en tête.

Mais le soir du18 juillet 1981, libre, riche et sans repères, Abbott se dispute avec un jeune serveur de East Village de New-York. L’accrochage tourne mal et Abbott tue d’un seul coup de couteau le jeune Richard Adam. Il fuit d’état en état, et est finalement arrêté en Louisiane. Ce seront les dernières semaines de liberté de Abbott. Le procès, retentissant qui à lieu en janvier 1982, sera un calvaire pour les parents de la victime et un camouflet pour Mailer et la gauche américaine, le nobel Kosinski admettra même que la défense d’Abbott était « une fraude ». Abbott est une période que Mailer, lui, souhaite oublier; il mettra du temps à reconnaître sa responsabilité. Jack Henry Abbott, reconnu coupable et condamné à une vingtaine d’année de réclusion, retourne donc en prison ; il publiera un deuxième ouvrage, Mon Retour, qui ne cumulera que de faibles ventes. En 2001 il a comparu devant une Commission des libérations conditionnelles, mais sa demande est rejetée, car incapable d’exprimer le moindre remords, et en raison de son casier judiciaire et des rapports des structures pénitentiaires.

Le 10 février 2002, désemparé, Abbott se pend avec ses draps. Une lettre, restée inédite, accompagnait son geste.

Frédéric Joignot