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"Les Démoniaques : un thriller coup de poing" (Polars & Compagnie)

"Les Démoniaques : un thriller coup de poing" (Polars & Compagnie)

Coup de maître

Avec Les démoniaques, Matthias Köping signe un premier thriller étourdissant qui vous hantera longtemps. Difficile de croire qu’il s’agit là d’un premier roman tant l’auteur maîtrise son sujet et nous cloue le bec en nous délivrant un récit à la puissance émotionnelle d’une force vertigineuse.   

(Critique Polars & Cie)

 

Après cette longue absence, pour commencer, je vais vous parler d’une de mes toutes premières lectures de l’année dont, forcément, j’ai refermé la dernière page il y a déjà quelques jours. Ce roman sorti en octobre 2016 aux Éditions Ring fait actuellement grand bruit dans le milieu et sur les réseaux sociaux et signe le premier thriller de Matthias Köping…vous l’aurez deviné, il s’agit de « Les démoniaques ».
Attention, préparez-vous à avoir vos sentiments en charpies, attachez vos ceintures pour ne pas succomber à ce grand-huit émotionnel et surtout prévoyez une bonne boîte de mouchoirs…car ce roman est bien plus qu’un thriller…c’est un thriller qui nous prend aux tripes, un thriller coup de poing, qui nous fait sortir de notre petite zone de confort pour nous plonger dans un univers à la noirceur perpétuelle, suintante à toutes les pages. 

L’histoire

Kimy est une gamine que la vie n’a pas épargnée. Violée dès l’âge de 13 ans, « objet » d’une tournante le jour de ses 15 ans. Chaque jour, Kimy subit la violence et l’acharnement de son bourreau et de sa bande…Son bourreau c’est son père, Jacky Mauchrétien, dit l’Ours, ancien para passionné de chasse. Un homme malsain, à la violence extrême, qui n’a de règles que celles qu’il s’est fixé. Dans ce petit village situé dans la bourgade normande à l’apparence paisible, l’Ours y règne en maître. Officiellement exploitant forestier honnête et propriétaire de boîtes de nuit, il a fait de ce village, avec l’aide de son frère Dany, son terrain de jeu et y a instauré un véritable empire criminel. Drogue, prostitution, corruption, pédophilie, l’Ours ne recule devant rien pour asseoir sa domination et n’hésite pas à écraser quiconque aura l’audace de se trouver sur son chemin. 
À 18 ans, Kimy, forcée par ce père incestueux à devenir dealeuse de son lycée et vendue en tant qu’objet sexuel aux clients de ce dernier, rumine depuis des années sa colère et sa rancœur envers le clan Mauchrétien. Bien décidée à se venger, elle est prête à tout pour faire tomber son paternel ainsi que tous ses complices responsables, eux aussi, de l’horreur qu’est sa vie. Mais comment s’y prendre alors que dans ce village beaucoup connaissent et couvrent ses agissements, corrompus par les vices abjects de ce dernier. Dans ce tunnel obscur, une lumière va pourtant peu à peu se dessiner et une rencontre hasardeuse va venir tout bousculer. Kimy va faire la connaissance d’Henri, professeur des collèges, être fragile et solitaire, qui a lui aussi subit des épreuves terribles dans sa vie. Alors que tout les oppose, la jeune femme va trouver auprès de cet homme une oreille attentive et une épaule sur laquelle se reposer. Peu à peu, un lien très fort va venir les unir et c’est ensemble qu’ils vont tenter de faire tomber le réseau Mauchrétien.
L’heure de la vengeance a sonné…    

Mon avis

Lorsqu’on déambule dans les rayonnages d’une librairie, on est souvent attiré, tel un aimant, par un livre en particulier (voire plusieurs^^^). Une couverture qui attire l’œil, un titre qui nous interpelle, un résumé qui suscite notre intérêt ou tout simplement un feeling, qui parfois ne s’explique pas…J’ai acheté ce livre quelques jours après sa sortie, avant qu’il n’y ait tout ce « buzz » qui l’entoure, pour toutes ces raisons. Je suis une grande  amatrice de lecture noire. J’aime pouvoir plonger dans un univers qui va me bousculer et me faire sortir de ma petite zone de confort en m’apportant un panel d’émotions qui saura me faire vibrer et me bouleverser. J’ai pensé que « Les démoniaques » pouvait m’apporter tout cela et j’ai donc attendu le moment propice pour pouvoir en débuter ma lecture et y plonger, sans aucune retenue.
Si certains de ces feelings peuvent rimer par la suite avec flops, l’attirance que j’ai pu avoir pour Les démoniaques n’a fait que se confirmer après lecture faisant de ce thriller, mon premier gros coup de cœur de l’année.
Pour cette première parution, le moins que l’on puisse dire c’est que Matthias Köping n’a pas fait les choses à moitié et n’a pas lésiné sur l’intensité émotionnelle que ce roman va provoquer sur nos petits cœurs de lecteurs.
Dès les premiers mots, le ton est donné. Premières lignes : « Joyeux anniversaire, salope ! Joyeux anniversaire, salope ! Joyeux anniversaire, salope ! Joyeux anniversaire. Ils l’ont encerclée, hilare, à poils. (…) Elle s’appelle Kimy. Ce soir, on fête ses quinze ans. » OK…ça promet ! 

Si je suis une personne dans la vie de tous les jours à fleur de peau et à la sensibilité exacerbée, j’arrive paradoxalement à me montrer plus forte dans mes lectures et à supporter des passages pouvant apparaître comme insurmontables pour certains. Bien évidemment, je ne suis pas hermétique face à des récits violents, touchant des sujets sensibles comme on peut le retrouver dans Les démoniaques, bien au contraire. Je suis touchée, émue, bouleversée, chamboulée (et autres superlatifs), la boîte de mouchoirs n’est jamais loin tant de tels récits provoque en moi un sentiment emphatique surdéveloppé. J’ai parfois besoin de faire une petite pause de quelques minutes histoire de reprendre mon souffle, mais j’arrive à surmonter  cette avalanche d’émotions et à tenir le cap. Comme je l’avais déjà dit dans une précédente chronique, une des seules raisons qui pourraient me faire refermer un tel livre avant la fin, serait de me retrouver face à un récit où tout n’est qu’une surenchère de violences gratuites, mises bout à bout sans véritables raisons autres que celle de faire du trash pour du trash…Et là, j’avoue, je ne pourrais pas car tout simplement je n’en verrais pas l’intérêt.  
Si, avec Les démoniaques, Matthias Köping nous plonge dans un univers noir, cruel, malsain et dérangeant, là n’est pas le but ultime de cette parution de nous confronter à un récit des plus violents. L’auteur a pris le parti de nous harponner dès les premières pages et de nous plonger dans l’enfer si je peux dire, sans préliminaires. La première partie de ce roman se veut brutale, sans détours ni compromis, laissant un goût âpre et amer sur son passage pouvant même nous amener, nous lecteurs, à un état nauséeux tellement Matthias Köping ne fait pas dans la dentelle et n’hésite pas à travers des scènes chocs et un langage cru à nous planter, sans concessions, le décor de son histoire démoniaque…Forcément, dès la lecture de la quatrième de couverture, le lecteur sait qu’il va plonger dans un monde répugnant : drogues, meurtres, esclaves sexuelles, pédophilie, les mots sont posés. Autant de sujets sensibles abordés par l’auteur d’une manière franche mais qui de mon point de vue, se révèle essentielle et sert parfaitement à faire de ce roman un thriller choc dans un contexte qui n’aurait sans doute pas eu le même impact s’il avait été différent. Dans cette première partie, nous sommes donc confrontés à ce qu’il y a de plus primaires chez l’homme et nous nous retrouvons spectateurs de la perversité sans limites dont font preuve Mauchrétien et ses acolytes. On grince des dents…Comme Kimy, on commence à ruminer notre colère et à transpirer tout le dégoût et l’écœurement que ces êtres abjects provoquent en nous.  J’avoue que l’idée d’en zigouiller quelques-uns de nos propres mains va venir nous titiller à de nombreuses reprises. Boom, face à ce déferlement d’actes ignobles, on est sonné..Ça pique, ça claque, ça foudroie, le cœur se comprime et l’ascenseur émotionnel se met en marche avec l’option empathie poussait à son maximum.  Les questions, les doutes, la peur arrivent…Comment Kimy ce petit bout de femme, à la force mentale certes indéniable va-t-elle pouvoir stopper les agissements de ces hommes n’ayant d’humain que leurs apparences (et encore) ?!

Sa rencontre avec Henri va être un moment clé dans sa quête de vengeance et se révéler être un tournant incontestable, que ce soit pour l’histoire elle-même, mais également sur le chemin que Matthias Köping va désormais nous amener. Après cette première partie qui nous laisse au fond du gouffre, l’auteur va, dans cet océan obscur, nous envoyer une bouée de sauvetage qui fait office de lumière à laquelle Kimy mais également nous, lecteurs, allons, nous raccrocher. Et personnellement c’est ce qui m’a le plus touché dans ce roman. Ce message, délivré entre les lignes, que (malheureusement)  certains peut-être ne sauront pas décrypter, s’arrêtant uniquement sur l’aspect violent mais qui de mon point de vue, n’est pas l’essence même de ce récit. Car NON (non et non), Les démoniaques n’est pas qu’un livre violent et obscur, c’est un livre qui malgré la noirceur des thèmes abordés, laisse place à une lumière qui va venir éclairer cette quête de vengeance et délivrer un beau message qui m’a profondément émue et qui saura toucher la corde sensible de votre âme de lecteur (du moins je l’espère car ce serait tellement dommage de passer à côté). De cette rencontre, entre deux êtres que tout oppose, va naître une relation sincère, touchante qui nous éloignera peu à peu de ce monde cruel pour nous plonger dans un univers où la douceur, l’affection, l’amour arrivent à reprendre un tant soit peu leurs places. Une rencontre improbable entre deux personnages à la vie si différente mais qui malgré tout révélera une complicité soudaine et inattendue faisant, à mon sens, toute la grande force de ce roman et en fera non pas un thriller…mais un grand thriller…qui fait figure d’une de mes meilleures lectures de ces dernières années (oui oui rien que ça ).